Le projet de couverture encré.

couverture

Adjoua appréciant un thé.

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Histoire de transition

thé 1

J’avais dû promettre d’en parler la dernière fois et puis le temps n’ayant rien d’autre à faire que de passer, j’ai dû oublier. En vérité, comme ce projet est sur de (très) bons rails, ça me fait surtout une occasion de fêter les bonnes nouvelles (acceptation du projet par un éditeur pour les deux du fond qui n’auraient pas compris l’allusion foireuse) et d’en causer.

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Séance de thé et considérations oiseuses sur l’écriture d’un scénario en cours.

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Il faut être honnête, si d’un côté je suis enclin à m’interroger sur l’acte d’écriture des écrivains que j’aime, il n’en va pas de même pour moi.

J’ai toujours cette vilaine tendance à en rester au factuel, à mémoriser ce qu’il y a en amont de l’idée et du travail, mais c’est plus pour poser une guirlande culturelle en guise de faire valoir. Puisque tout est culturel, ça doit faire du bien de se sentir au sommet à guetter si de l’ubac ou de l’adret ne remonte pas un remugle inconscient, un panache venant tout droit du refoulé.

C’est pour ça que l’un des grands avantages à travailler à deux, c’est de pouvoir verbaliser l’idée, de s’obliger à la partager sous une forme compréhensible, pas encore digeste mais suffisamment élaborée pour être comprise et analysée par l’autre. Ce dialogue a le mérite d’anéantir les doutes, les considérations pesantes sur le pourquoi, les digressions dialectiques et surtout il remet à plat la nécessité d’avancer.

Néanmoins les considérations de ce type ne mèneraient pas loin sans une bonne dose de rencontre et de travail.

Notre projet autour du thé avance à grand pas (n’ayons pas peur des images galvaudées, ça permet de les ancrer un peu plus dans les normes et d’éviter d’avoir à les cataloguer comme figure de style). L’histoire se déroule sur trois chapitres (et je ne vous parle même pas des pays visités).

Le premier est entièrement écrit, découpé, dialogué. Le troisième suit une voie similaire, enfin on va dire que l’on sait où l’on va, ce qu’il y aura à chaque planche et que le découpage va débuter sous peu. La deuxième partie commence à sortir du garage et aimerait se mettre en rodage, gageons que ça ne saurait tarder.

Comme nous aimons bien travailler autour de l’entrelacement de plusieurs récits (et temporalités), faire se répondre deux récits dans le premier chapitre fut un plaisir. En revanche le cas se complique un peu pour la deuxième partie. Il va nous falloir traiter des personnages adultes et en proie à une passion amoureuse, néanmoins cette dernière ne sera que suggérer puisqu’il sera également question d’évoquer un conflit minier.territorial en Afrique, le tout sur fond de parallèles historiques avec l’histoire du thé.

3Concrètement, ça veut dire des séances de réflexion autour d’une idée. Séances qui durent peu de temps puisque très vite l’élément central est trouvé : l’héroïne sera devenue adulte et connaîtra une histoire d’amour (oui, nous plongeons allégrement la main dans le pot à poncif, ça va plus vite). C’est ensuite que cela se complique, car donner un arrière-plan politique nous titille. C’est le moment des recherches. En ce qui nous concerne, il s’agit moins de précision historique (bien que le tout doit être aussi précis que possible) que de crédibilité (historique mais aussi humaine). A ce stade la difficulté est de parvenir à un équilibre entre d’un côté les contraintes factuelles que vous vous êtes fixées (tel pays, tel gouvernement, tel lieu, telle époque) et de l’autre le comportement des personnages. Ainsi, l’héroïne est-elle devenue reporter de guerre, cela permet de lier les deux éléments sans grandes difficultés. Mais la petite fille que l’on montre précédemment avait-elle cette « prédisposition » pour le lecteur ? La femme âgée qui terminera l’histoire sera-t-elle encore du genre à chercher le frisson et l’aventure ? Sans compter que c’est bien beau tout ça, mais une femme, reporter de guerre, en Afrique à l’époque choisie, c’est viable ? Est-ce son amoureux du moment, pourquoi est-il là ? Quelle relation ont-ils ? Je vous épargne, la liste est connue et trop longue.

Autant de questions qui appellent une réponse. L’originalité en bande dessinée, vient en premier lieu du dessin, de ce moment où des traits frappent la rétine, il y a là un attrait qui est bien souvent immédiat. Ce n’est que plus tard, au fil des ellipses des cases et des pages qui se tournent que la concrétisation de cet attrait s’opère ou non. Ecrire un scénario « original » pour être original peut être (si on est doué) chose « facile », mais sans lien avec le dessin, sans une union efficace, il ne sera que ça, qu’un scénario original. La question est plus complexe, bien évidemment, mais elle suppose notre vigilance de tous les instants.

L’équilibre que l’on recherche (et que l’on espère trouver) doit être présent mais distillé à part égale entre mise en case, dialogue et non-dit (un non-dit qui contient une part de non-montré en ce qui concerne la bande dessinée).

Le jeu est fascinant, c’est une construction fragile qui suppose (quand vous n’avez pas votre dessinateur sous la main) de construire une réalité en laissant des blancs à votre interlocuteur.

Tout cela serait déjà amusant (on sent la pointe d’ironie ?), mais comme le premier chapitre suppose l’enchâssement dans récit dans un autre, nous nous sommes dits que nous pourrions continuer sur cette lancée. C’est pourquoi, en plus de proposer une histoire politique et d’effleurer une relation amoureuse (ce qui n’empêche pas le drame. C’est même tout à fait l’inverse, il va falloir être habile pour suggérer tout en permettant l’identification du lecteur), certains propos seront illustrer par des « vignettes » historiques autour du thé.

C’est à cet instant, quand vous sentez les idées crépiter entre vos réseaux neuronaux et vos doigts que la frustration pointe le bout de son double canon scié (en sifflotant parce qu’elle se prend pour Omar Little). Chacune de ces vignettes suppose des recherches, chaque recherche  se trimballe avec son lot d’ouvrages et tandis que l’on croule sous les « bonnes idées » et les « envies de raconter » le nombre de pages alloué au chapitre se rappelle à vos bons souvenirs : 20. Nous n’avons droit qu’à 20 pages maximum pour raconter tout cela. Blake et Mortimer s’en sortirait haut la main…

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Bref, c’était quelques considérations sur le pouce, la prochaine fois j’évoquerais la transition centrale du premier chapitre afin d’être plus concret.

Comme tout ceci est encore au stade de l’écriture, nous avons hâte de pouvoir vous montrer quelques images, j’ai égayé ce long monologue d’une prise de thé pendant le travail. Surtout ça permettra de remarquer qu’il s’agit d’un travail à la forme avant tout pratique. Pour que le document soit viable pour le dessinateur, il doit être précis. Une proposition de découpage en haut de la page, une description de ce que l’on voit (et de comment on le voit) pour chaque case et les dialogues en face. Un document qui a l’avantage de pouvoir être modifié mais surtout (c’est le but) interpréter par tous les collaborateurs.

Feuilles mortes et mauvaises herbes


De mémoire j’ai lu ces mots dans un roman de David Peace, sur le coup l’association m’avait marqué, sans doute cela me rappelle-t-il ce qu’on laisse pour compte, ce que l’on déblaye, ce que l’on repousse, ce que l’on met de côté, ce que l’on arrache et que l’on désherbe à seule fin de faire place à la « vrai nature », celle que l’on se doit de dompter pour faire croire qu’on se trouve en haut de la chaîne alimentaire. Mais, le britannique, presque japonais, devait avoir en tête quelque chose de plus organique, de l’ordre de ce qui grouille.
Je ne suis pas persuadé qu’attaquer un blog avec autant d’entrain soit la plus saine des solutions, mais quitte à commencer quelque part autant se mettre au ras de pâquerette, à hauteur de ce que l’on ne voit plus, de ce qui gêne, sans toutefois avoir la prétention au rhizome. Après tout, il sera toujours temps de voir si l’on pourra s’élever ou s’il faudra plonger au coeurs des racines.
Bref, un blog – à l’ancienne, parce que l’old school c’est cool mais ça vieillit vite – histoire de tenir un journal de recherche et de trucs qui passent par la tête.
Je suis l’un des heureux coscénariste du projet de bande dessinée « la case blanche »  en collaboration avec mon comparse et néanmoins ami Robert Djaï pour tenir la plume et avec le talentueux (n’ayons pas peur des mots) Massiré  au crayon (et autres outils d’artiste).
Une scabreuse histoire de mine, de meurtre, de mémoire et de racisme au temps de la colonisation, tout un programme que l’on espère noir et surprenant, vous aurez, on l’espère, la joie de lire ces albums aux éditions l’Harmattan d’ici quelques mois.
Un éditeur qui prend le risque (enfin qui se tient à une politique éditoriale) de publier de la bande dessinée à consonance africaine (comme on dit), un éditeur qui nous a permis de travailler sur le collectif des Contes de Morne plage et de rencontrer Koffi Roger N’Guessan avec lequel nous mis en route un projet autour du thé (des scénaristes de France avec un dessinateur de Côte d’Ivoire pour parler d’une boisson chinoise en évoquant l’Angleterre ou encore les USA, sans oublier l’Afrique, il y a de quoi s’amuser).
Je vais donc être amené à évoquer les lectures, recherches, découvertes, pistes et fausses-pistes liées à ces projets et à d’autres… puisque le propre du scénariste est d’avoir des idées en tête et l’oeil à l’affût de la dessinatrice ou du dessinateur qui serait prêt à venir se jeter dans ces filets.

 

En plus de ces cases et bulles tournées vers l’Afrique (mais pas seulement) nous avons dans notre besace un projet se déroulant pendant le haut moyen-âge, une histoire de botte, de moulin, de chat et de conte, ne manque plus que quelqu’un pour tenir le crayon.