Passion Médiévistes – Episode 1 « Justine et la reine Gerberge » (ou comment les historiens arborescent dans vos prises de notes)

Mon dieu que ce titre n’est qu’informatif, mais au moins on peut cliquer sur l’image ou .

Au milieu du fatras pseudo organisé qui est supposé me servir  de sources d’inspiration potentielle, il y a des perles. Enfin, pour tenter de le dire plus clairement, disons que j’ai la fâcheuse tendance à opérer des recherches sur un projets avant de me perdre dans les « résultats » de ces recherches car j’y trouve prétexte à autant de nouveaux sujets, une manière d’alimenter la procrastination en faisant passer ça pour de la curiosité en quelque sorte, ou alors je construits l’arbre généalogique idéal. Finalement vouloir écrire des histoires cela revient parfois à combiner les pièces de différents puzzles dont on a pas les images (et au vu de la qualité de mes comparaisons, je suis heureux de ne faire ni poète, ni romancier). Bref, au milieu des projets il y a celui – énorme – visant à raconter une histoire sur un siècle durant le haut moyen-âge.

Un boulot qui demande un travail de fond assez énorme, car si le décor est idéal (l’actuelle Champagne) il n’en reste pas moins que des recherches sont nécessaires pour essayer de cerner le contexte, les faits, les modes de vies afin de cerner au mieux les « mentalités » de l’époque. Un boulot passionnant puisqu’il s’échafaude autour de mille détails (au départ avoir « un moulin sur la carte » était un détail, c’est désormais devenu un élément central), un boulot qui réclamerait également de parler latin. Un boulot parfois mal fait car il suppose d’avoir de bons réflexes d’historien, de lire les bonnes sources, de savoir garder à l’esprit nos propres travers.

C’est donc avec joie que je suis tombé dans le moelleux confort de ce premier podcast( toi aussi prend-toi pour Desdémone à peu de frais.)

Fanny Cohen Moreau a la bonne idée d’interroger des étudiants médiévistes sur le pourquoi et le comment de leur parcours et de leur recherche. Une initiative comme il y en a déjà quelques unes sur internet et qui a le bon goût de nous rappeler à quel point le partage peut bouger des lignes sans avoir vocation à changer le monde (un coup à se prendre pour Don Pedro d’Alfaroubeira, j’vous l’dis).

Un générique sympathique (pour qui « connaît la chanson », notamment), une première invitée qui maîtrise (c’est le cas de le dire) son sujet, des questions permettant la découverte et la précision, un format abordable.

Tout pour plaire donc.

Enfin, « tout » c’est relatif, ça serait même plutôt l’inverse.

Parce qu’à la base, en situant une histoire se déroulant entre 850 et 950, on (mon co-scénariste d’ami et moi, il faudra que je pense à être plus clair au fil du temps) pensant avoir à se coltiner Hincmar, deux trois clins d’oeil à la pastoutafaitencore cathédrale rémoise, aux futures collines à vignes, mais voilà qu’il va falloir compter avec une reine !!!

13minutes de podcast, 13 minutes de prise de note et quelques bonnes dizaines d’heures à venir durant lesquelles il va falloir retravailler les rapports de force entre les instances politiques.

Finalement, il est très bien ce podcast, mais je me demande combien d’épisodes sont prévus histoire de savoir si je continu à écrire ou si j’attends la fin pour tout refaire.

 

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Opium

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Voilà bien le genre de fausse bonne idée qui à défaut de vous pourrir la vie quelques minutes – un peu comme quand on se cogne l’orteil à un pied de table ou quand on a le malheur d’allumer la radio pour entendre parler d’affaires au lieu de politique – peut vous entrainer dans des méandres pour le moins tentaculaire.

En vue d’un projet avec Koffi Roger N’Guessan, nous avons décidé de nous laisser sur le thé. En vérité ça serait plutôt l’inverse, c’est notre amour du thé à Robert et à moi qui nous a portés à utiliser ce breuvage comme prétexte à l’histoire d’une vie.

Seulement voilà, une fois que vous trouvez intéressant de raconter la vie d’une héroïne à travers son rapport au thé, vous avez tôt fait de lui trouver un amoureux, un amoureux qui ne trouve rien de mieux à faire que le reporter photographe cultivé pour dorer son égo (et pour partir se dorer la pilule au milieu d’un champ de tir, parce que c’est bien connu le napalm et les impacts de balles ça vous assure un teint frais de baroudeur canaille). Histoire de lui donner un peu de contenance, de bagout et de le rendre un brin paternaliste-moralisateur chiant, voilà que nous avons l’idée de le faire causer sur la première guerre de l’opium et sur le thé…

Ceci expliquant ce choix de lecture, parce que bon quitte à faire l’idiot avec deux trois dialogues autant que ces derniers aient du grain à moudre (ou de l’opium à bruler ou un long jing à boire).

Cet ouvrage est original parce qu’il propose une lecture plus sociale que vraiment historique de l’époque, des rapports entre la Chine et ses voisins, entre la Chine et les puissances d’alors (Grande Bretagne quand tu nous tiens) mais aussi entre les différentes strates du pouvoir chinois (de l’empereur aux paysans en passant par les fonctionnaires corrompus) ; le portrait qui se peint est plus détaillé et plus complexe que ce qu’on pourrait croire. Les méfaits de l’opium y sont revus parfois à la hausse, parfois à la baisse et surtout on y découvre tout un monde de tractation aussi guerrière que commerciale, le tout dans une perspective culturelle et morale étonnante (pour nos carcans et nos certitudes d’occidentaux).

En prime, on apprend à cultiver, récolter, confectionner, vendre et fumer l’opium… le rêve.