Le projet de couverture encré.

couverture

Adjoua appréciant un thé.

Au départ, il y a cette volonté, aussi simple et limpide qu’un pu erh en hiver, de raconter une histoire de thé. Ensuite est venue le désir d’éviter les clichés (toi aussi devient ton propre coach de vie) en forçant le trait. Le thé véhicule une image de bien être à peu de frais, de femmes de magazines testant un énième régime détox en survendant des produits greenwashés, alors autant éviter l’évidence du contrepied en tablant sur une héroïne. Autant lui faire vivre des aventures, autant la faire souffrir, connaître et vieillir, autant que le grain de peau et le self control en pâtissent. Ça demandera toujours plus d’efforts pour ne pas tomber dans les excès (le pathos tragique avec force effets de style ou le moralisme bon teint pour baroudeur go pro) que d’aligner un héros masculin sur la grille de départ et ça n’en sera que plus intéressant.

Afin de parler de l’histoire du thé, de choisir tel ou tel événement, telle ou telle anecdote, lieu, culture, nous avions à construire cette femme. Bon je vous passe les détails sur la construction du parfait petit personnage, ça sera peut-être pour une prochaine fois (et puis, qui sait, ça me permettra de commettre un autre article). Toujours est-il qu’il nous fallait un personnage que l’on connaisse gamine, adulte et mâture. Quand on travaille à deux scénaristes, je peux vous dire qu’il s’en passe des discussions sur des points de détails. Si vous vous souvenez bien c’est ce bon vieux Mark Twain qui disait que la réalité dépasse la fiction parce que la réalité n’est pas tenue au vraisemblable (ou un truc comme ça), il n’avait pas tort le bougre. Parce qu’un personnage c’est avant tout une question d’équilibre, une question de vraisemblance. C’est bien beau de faire des ellipses temporelles, de passer de 10 à 30 ans d’âge en tournant la page, mais encore faut-il pouvoir remplir les vides. Le B.A BA de l’écriture me direz –vous (et vous auriez raison) mais à deux cela peut prendre des proportions  épiques.

Reste qu’avant tout ça, avant la première tentative d’ébauche d’esquisse de mise en mot, en séquence, en épisode, en rebondissement, il y a le physique. Parce que, voyez-vous, on a beau dire tout ce qu’on veut : le physique ça compte.  Nous nous sommes d’abord situés dans le temps et dans l’espace final de l’histoire. Dans quelle époque et dans quel lieu voulions terminer cette histoire, avec qu’elle vieille femme. De là nous sommes passés à son enfance et enfin à l’âge adulte. Une construction dans le désordre en somme, néanmoins la cohérence de l’ensemble nous a sauté aux yeux (on espère que ça sera le cas pour tous les lecteurs). Nous avions notre « image commune ». Adjoua adulte faisait le lien entre les caractéristiques (oui un personnage c’est avant tout des caractéristiques plutôt qu’un caractère. Un personnage c’est des actions… enfin, comme au théâtre pour le dire vite) que nous souhaitions pour notre femme âgée et celles que nous voulions pour la jeune fille. Ce lien psychologique (si l’on veut) permettait en prime d’assurer la transition narrative, de rendre vraisemblable une vie trépidante (et pas toujours joyeuse). Mais, c’était avant tout un consensus physique. Âgée, nous parlions d’elle en terme de vision du monde, de la capacité à découvrir et à s’émerveiller restée intacte sans tomber dans le mièvre. Plus jeune, nous y voyions l’insouciance mêlée à l’angoisse autour d’un rien, l’amour des histoires. Adulte, nous étions d’accord pour un physique (pour le reste aussi),pour la première fois nous parlions silhouette, démarche, chevelure, main.

C’est à partir de cette incarnation que l’idée de la couverture s’est imposée à nous. Au départ, j’avais voulu trois bandeaux horizontaux, pour les trois moments de l’histoire, avec celui du milieu un peu plus large proposant un visage en gros plan. Puis l’idée d’un seul visage pleine page s’est installée, puis l’idée d’une tasse de thé, puis des volutes.

Pour être franc, tout cela avait du sens, une direction, une volonté, c’est efficace, opératoire comme on dit encore ici ou là. Mais c’est lorsque l’héroïne a pris pour nom : Adjoua (après avoir revêtue plusieurs identités) que les choses se sont décantées.

C’est là que Koffi lui a donné ce visage, cette expression de sérénité distante et bienveillante à la fois, c’est là que je me suis rendu compte (le genre de satori que l’on aime retrouver sur le bord du chemin) à quel point il était parvenu à saisir l’essence du personnage. Bien sûr que cette Adjoua n’est pas celle que j’avais en tête, mais c’est celle dont nous avons raconté l’histoire. Ses mains qui tiennent la tasse dans une posture d’invitation (si si, regardez bien, regardez mieux… sans oublier le thé dans la théière non plus, après c’est trop amer) nous avions dû le noter ailleurs, sur une note, un brouillon, un mail, le griffonner entre deux synapses, sans jamais la partager et pourtant la voilà, évidente. La force du travail en groupe que de pouvoir être émerveillé parce que les autres font de vos idées. Bien sûr, je patauge dans le lieu commun, tout cela est tellement su, dit, répété que ça pourrait donner lieu à un stage de conditionnement en mauvais marketing, il n’en reste pas moins que ce genre de moment remotive le lieu commun, lui donne une nouvelle dimension.

Bref, voilà le projet de couverture… on espère qu’il vous donnera envie de venir boire une tasse avec nous.

 

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